Basilique de Saint-Denis : Stéphane Bern élu à la tête du chantier de la flèche, le maire conteste

La reconstruction de la flèche et de la tour nord de la basilique de Saint-Denis est désormais pilotée par l’association « Suivez la flèche », dont Stéphane Bern a été élu président fin juillet 2026, en remplacement de l’ancien maire socialiste Mathieu Hanotin.

L’élection n’a rien eu d’une formalité. Le maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) Bally Bagayoko (La France insoumise) et ses soutiens ont quitté la séance avant le vote, puis dénoncé, dans un communiqué, des irrégularités. Depuis, deux récits circulent : celui d’une élection « à l’unanimité », et celui d’un scrutin remporté avec 17 voix sur 27 membres présents en début de séance. Les deux sont exacts — et c’est précisément ce que cet article explique.

En bref #

  • Stéphane Bern préside désormais l’association « Suivez la flèche », qui pilote le remontage de la tour nord et de sa flèche.
  • Il succède à Mathieu Hanotin (PS), ancien maire de Saint-Denis, lui-même successeur de Patrick Braouezec (PCF).
  • Le maire Bally Bagayoko et ses soutiens ont quitté l’assemblée générale avant le vote et refusent de siéger au bureau issu de cette élection.
  • À ce stade, aucune source ne fait état d’un changement de calendrier du chantier ni des conditions de visite.

Qui pilote la reconstruction de la flèche de la basilique de Saint-Denis ? #

Le maître d’ouvrage du projet est l’association « Suivez la flèche », fondée en 2016 et officiellement désignée en 2018 par une convention-cadre avec le ministère de la Culture, le Centre des monuments nationaux et le diocèse, selon la page officielle de la basilique-cathédrale Saint-Denis. C’est cette association qui coordonne le chantier, la médiation et la recherche de financements, aux côtés du Centre des monuments nationaux.

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Sa présidence vient de changer de mains. Selon l’AFP, reprise par franceinfo, Stéphane Bern — qui siégeait déjà au conseil d’administration — a été élu à sa tête. L’État, propriétaire de la basilique, l’aurait incité à se présenter, a-t-il expliqué à l’agence.

Sur la date, les sources divergent : nous ne tranchons pas

Point important : la presse ne donne pas la même date pour ce vote, et nous n’avons trouvé aucun élément permettant de départager les deux versions.

  • Jeudi 23 juillet 2026 : c’est la date écrite noir sur blanc par franceinfo (dépêche AFP publiée le 24 juillet) — « Stéphane Bern a été élu jeudi 23 juillet président de l’association ».
  • Vendredi 24 juillet 2026 : c’est la date retenue par LCP, par Le Journal du Dimanche, et par franceinfo elle-même dans son article du 28 juillet, qui situe le départ du maire « avant le vote, vendredi 24 juillet ».

Autrement dit, la divergence ne porte pas seulement d’un média à l’autre : elle traverse les dépêches d’une même agence. Le 23 juillet 2026 était un jeudi, le 24 un vendredi — les deux formulations sont donc internement cohérentes, ce qui exclut une simple coquille de jour de semaine. En l’absence de procès-verbal public de l’association, nous laissons les deux dates attribuées à leurs sources.

« Unanimité » ou « 17 voix sur 27 » ? Ce que dit vraiment le décompte #

C’est le point qui départage les deux récits médiatiques, et il mérite d’être posé calmement.

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Stéphane Bern a déclaré à l’AFP : « Je suis heureux d’avoir été élu à l’unanimité des votants ». Cette formule est reprise à l’identique par franceinfo, par Orange Actualités et par InfoChrétienne. Elle ne dit pas « élu à l’unanimité des membres » : elle dit unanimité des votants.

En parallèle, LCP et l’AFP précisent qu’il a été élu « avec les voix de 17 des 27 membres du conseil d’administration présents au début de cette réunion ».

Les deux informations ne se contredisent pas, elles décrivent deux dénominateurs différents :

  • Le dénominateur « votants » : parmi les personnes qui ont effectivement glissé un bulletin, aucune voix contre n’est rapportée. D’où « l’unanimité des votants ».
  • Le dénominateur « présents en début de séance » : ils étaient 27. Le maire et ses soutiens ayant quitté la salle avant le scrutin, l’assiette du vote s’est réduite en cours de réunion.

C’est exactement la nuance que recouvre l’expression « unanimité des votants » : elle mesure l’accord de ceux qui sont restés, pas l’adhésion du conseil tel qu’il s’était réuni. Un titre comme « élu à l’unanimité » et un titre comme « élu par 17 des 27 membres présents » peuvent donc décrire la même séance sans qu’aucun des deux ne soit faux. En revanche, le détail du solde entre 27 et 17 (départs, abstentions, non-participations) n’est pas documenté publiquement à ce jour : nous ne le reconstituons pas.

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Ce que conteste le maire de Saint-Denis #

Dans un communiqué publié le mardi 28 juillet 2026, signé par les élus de sa majorité municipale et territoriale, Bally Bagayoko affirme que les conditions du scrutin ont été entachées de « nombreuses irrégularités » qui auraient dû, selon lui, « conduire à (son) report ». Il tranche : « Nous ne participerons pas au bureau issu de cette élection ». LCP a titré sur des « graves irrégularités » ; la formulation reprise dans le corps des dépêches AFP et de franceinfo est « nombreuses irrégularités », et c’est celle que nous retenons.

Le maire, également président de Plaine Commune, y voit une « rupture sans précédent » dans l’histoire de la structure et déplore que « pour la première fois depuis sa création, le maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune est écarté de la présidence d’un projet emblématique pour le territoire ». Il dénonce enfin « des manœuvres et des arrangements avec les statuts conduits par un ancien maire de Saint-Denis (…), avec le concours de plusieurs responsables exerçant de hautes fonctions au sein des administrations de l’État ». Selon LCP, il se réserve le droit de saisir les juridictions compétentes.

Les réponses de Mathieu Hanotin et de Stéphane Bern

Interrogé par l’AFP, Mathieu Hanotin répond que « les choses se sont évidemment déroulées dans un processus régulier ». Stéphane Bern, de son côté, indique que le scrutin s’est tenu avec « l’accompagnement du conseil juridique de l’association » et ajoute : « Si certains souhaitent contester les conditions de cette élection, notre droit prévoit les procédures permettant à chacun de faire valoir ses arguments », puis « Pour ma part, je ne souhaite pas alimenter de polémique ». Il avait aussi déclaré : « Ma candidature n’était pas contre qui que ce soit, d’ailleurs le maire [Bally Bagayoko] s’est retiré et n’a pas été candidat ».

À la date de publication, aucune procédure judiciaire engagée n’a été rapportée par les sources consultées.

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La flèche disparue : deux siècles d’histoire de la tour nord #

Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter au XIXe siècle. La flèche de la tour nord culminait à 90 mètres (85 mètres sans la croix à son sommet), ce qui en faisait l’un des points les plus élevés de la région. Elle a été frappée par la foudre en 1837, épisode que rappellent aussi bien la dépêche AFP que la page officielle du monument.

La suite est moins connue du grand public, et c’est là que l’histoire devient intéressante : la foudre seule n’a pas condamné la tour. Des travaux de reprise sont menés par l’architecte François Debret, mais plusieurs tempêtes entre 1842 et 1845 aggravent les fissures de la tour nord. En 1846, des vents violents rendent la structure dangereuse et le démontage est décidé ; l’opération s’achève en 1847, sous la direction d’Eugène Viollet-le-Duc. La flèche n’a donc pas été détruite d’un coup par un orage : elle a été démontée pierre par pierre, au terme d’une décennie de fragilisation.

Depuis, la basilique-cathédrale — nécropole des rois de France, où sont inhumés 40 rois et 26 reines et que l’on visite pour ses plus de 70 gisants et tombeaux royaux — présente une silhouette asymétrique, avec une seule tour. C’est cette asymétrie que le chantier entend corriger.

Un chantier de remontage ouvert au public #

La première pierre a été posée le 14 mars 2025, pour un chantier annoncé sur cinq ans par le Centre des monuments nationaux. Le remontage se fait « selon les plans et matériaux d’origine », avec les savoir-faire traditionnels de la taille de pierre : selon le Centre des monuments nationaux, plus de 130 artisans, compagnons et apprentis y participent.

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Particularité rare en Europe : le chantier se visite. Depuis le 17 octobre 2025, un espace baptisé « La Fabrique de la flèche » permet au public de voir travailler tailleurs de pierre et forgerons, la basilique restant ouverte pendant toute la durée des travaux. Un billet combiné donne accès à la nécropole royale et à cet espace de chantier.

Côté financement, le directeur général de l’association, Nicolas Matyjasik, indiquait à l’AFP qu’il manque « entre 4 et 4,5 millions pour boucler le financement de 38 millions » — soit environ 10 % du budget, chiffre que Stéphane Bern reprend à son compte comme priorité de son mandat. Le financement combine fonds publics (fonds de solidarité interdépartemental d’Île-de-France, région, Métropole du Grand Paris), mécénat privé et une campagne participative de la Fondation du patrimoine.

Et concrètement, qu’est-ce que ça change ? #

Honnêtement : à ce stade, rien de visible pour le visiteur. Aucune des sources consultées ne fait état d’un report du chantier, d’une modification du calendrier ni d’un changement des conditions de visite lié à ce changement de présidence. La Fabrique de la flèche et la nécropole restent accessibles selon les modalités en vigueur.

Ce qui change, c’est la gouvernance : pour la première fois, la présidence de l’association n’est plus exercée par un maire ou un ancien maire de Saint-Denis. Le point à suivre est double — la façon dont la mairie s’articulera avec l’association après avoir annoncé qu’elle ne siégerait pas au bureau, et le bouclage des derniers millions d’euros.

Si le sujet des grands sites patrimoniaux vous intéresse, voyez aussi notre dossier sur les plages du Débarquement inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que notre décryptage des enjeux et méthodes de la valorisation du patrimoine et notre panorama de ce que révèle le patrimoine culturel à travers les siècles.

Tableau récapitulatif #

ÉlémentÉtat / information vérifiée
MonumentBasilique-cathédrale Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), nécropole des rois de France : 40 rois et 26 reines inhumés, plus de 70 gisants et tombeaux royaux
Objet du chantierRemontage de la tour nord et de sa flèche, disparues au XIXe siècle
Hauteur de la flèche disparue90 mètres (85 mètres sans la croix)
Pourquoi elle a disparuFoudre en 1837, tempêtes entre 1842 et 1845, démontage décidé en 1846 et achevé en 1847 sous Eugène Viollet-le-Duc (travaux de reprise antérieurs de François Debret)
Maître d’ouvrageAssociation « Suivez la flèche », fondée en 2016, désignée en 2018 par convention-cadre (ministère de la Culture, Centre des monuments nationaux, diocèse)
Présidents successifsPatrick Braouezec (PCF), puis Mathieu Hanotin (PS), puis Stéphane Bern
Date de l’électionSources divergentes : jeudi 23 juillet 2026 selon franceinfo/AFP du 24 juillet ; vendredi 24 juillet 2026 selon LCP, Le JDD et franceinfo du 28 juillet. Non tranché.
Résultat du vote17 voix sur 27 membres du conseil d’administration présents en début de séance (LCP, AFP) ; « unanimité des votants » selon Stéphane Bern
ContestationCommuniqué du maire Bally Bagayoko le 28 juillet 2026 : « nombreuses irrégularités », refus de siéger au bureau ; droit de saisine des juridictions réservé (LCP)
Début des travauxPremière pierre le 14 mars 2025, chantier annoncé sur cinq ans
Artisans mobilisésPlus de 130 artisans, compagnons et apprentis (Centre des monuments nationaux)
Budget38 millions d’euros, dont 4 à 4,5 millions restant à trouver (directeur général de l’association, à l’AFP)
Visite« La Fabrique de la flèche », chantier visitable ouvert depuis le 17 octobre 2025 ; basilique ouverte pendant les travaux

Questions fréquentes #

Qui préside désormais l’association « Suivez la flèche » ?

Stéphane Bern. Il a été élu président de l’association « Suivez la flèche », maître d’ouvrage du remontage de la tour nord et de la flèche de la basilique de Saint-Denis, et succède à Mathieu Hanotin, ancien maire socialiste de Saint-Denis, lui-même successeur de Patrick Braouezec. Les sources de presse divergent sur la date exacte du vote : franceinfo, dans sa dépêche du 24 juillet 2026, écrit « jeudi 23 juillet » ; LCP, Le JDD et franceinfo dans son article du 28 juillet situent la séance le vendredi 24 juillet 2026.

Stéphane Bern a-t-il été élu « à l’unanimité » ou avec 17 voix sur 27 ?

Les deux formulations décrivent la même séance avec deux dénominateurs différents. Stéphane Bern a déclaré à l’AFP avoir été élu « à l’unanimité des votants », c’est-à-dire sans voix contre parmi les personnes ayant effectivement voté. Dans le même temps, LCP et l’AFP précisent qu’il a obtenu « les voix de 17 des 27 membres du conseil d’administration présents au début de cette réunion » : le maire Bally Bagayoko et ses soutiens avaient quitté la salle avant le scrutin. L’unanimité porte donc sur les votants restés en séance, pas sur l’ensemble des membres présents à l’ouverture. Le détail du solde entre 27 et 17 n’est pas documenté publiquement.

Ce changement de présidence retarde-t-il le chantier ou modifie-t-il les visites ?

À ce stade, non : aucune des sources consultées ne fait état d’un report du chantier, d’une modification du calendrier ni d’un changement des conditions de visite. La première pierre a été posée le 14 mars 2025 pour un chantier annoncé sur cinq ans, et l’espace de chantier visitable « La Fabrique de la flèche » est ouvert au public depuis le 17 octobre 2025, la basilique restant accessible pendant les travaux. Le point ouvert porte sur la gouvernance et sur les 4 à 4,5 millions d’euros restant à réunir sur un budget de 38 millions.

À retenir #

Stéphane Bern préside désormais « Suivez la flèche », l’association qui remonte la tour nord et la flèche de la basilique de Saint-Denis, en remplacement de Mathieu Hanotin. Le maire Bally Bagayoko et ses soutiens ont quitté la séance avant le vote et dénoncent, dans un communiqué du 28 juillet 2026, de « nombreuses irrégularités » ainsi qu’une « rupture sans précédent » ; Mathieu Hanotin évoque de son côté « un processus régulier ». Sur la date du scrutin, les sources ne s’accordent pas : le 23 juillet pour la dépêche AFP du 24, le 24 juillet pour LCP, Le JDD et franceinfo du 28 — nous n’avons pas tranché. Sur le fond du décompte, « unanimité des votants » et « 17 voix sur 27 présents en début de séance » sont deux mesures compatibles, prises avant et après le départ d’une partie du conseil. Pour le visiteur, rien ne change à ce jour : le chantier, lancé le 14 mars 2025 pour cinq ans, reste ouvert au public via « La Fabrique de la flèche ».

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